Entretien avec Lou Challut, restauratrice

En 2016, la Fondation pour les Monuments Historiques a attribué une bourse d’études (2 000 €) à Lou Challut, alors élève à l’Ecole d’Avignon en formation de « Peintres en décor du patrimoine ». Ce soutien lui a permis de terminer sereinement ses études mais aussi de s’équiper en vue de son insertion professionnelle. Trois années après l’attribution de cette bourse, la jeune restauratrice a de quoi être fière de son parcours. Témoignage.

La Fondation pour les Monuments Historiques (FMH) : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre formation à l’école d’Avignon ?

Lou Challut (L. C.) : Mon intérêt pour l’art s’est développé au lycée, où j’ai eu la chance de suivre une option histoire de l’art pendant 3 ans. J’ai par la suite intégré une Mise à Niveau en Arts Appliqués (MNAA), à Lyon, puis j’ai poursuivi par un Deug d’histoire de l’art avant de m’inscrire en licence professionnelle « Conservation du patrimoine bâti ».

En parallèle de mes études, j’ai effectué des stages sur des chantiers de restauration du patrimoine. Les Ateliers de Chanteloube, au Puy-en-Velay, m’ont initié à la chaux et à ses diverses utilisations : mortier, enduit, badigeon, décor, fresque… Les chantiers bénévoles initiés par l’association Rempart m’ont permis de découvrir les métiers de restaurateur dans plusieurs disciplines : peinture murale, de sculpture en bois, de pierre, etc.

Après l’obtention de ma licence, j’ai réalisé un service civique de 6 mois dans une association de sauvegarde du patrimoine rural bâti en Provence. Ce travail davantage « administratif » ne me convenant pas, j’ai compris que j’étais faite pour le terrain et donc pour travailler sur des chantiers. J’ai alors cherché une formation qui me permettrait de travailler en alternance tout en continuant à me former aux métiers de restauration du patrimoine. J’ai pu intégrer le Conservatoire de la Chanterie, à Montferrand, pour me former et j’ai été embauchée en contrat de professionnalisation pour une durée de 18 mois par l’entreprise Tollis, basée sur Paris.

Après cette expérience professionnelle, j’ai décidé de me former à la peinture décorative afin d’améliorer mes compétences. Je souhaitais également apprendre les techniques et recettes traditionnelles du décor peint et l’Ecole d’Avignon*, qui privilégie les matériaux naturels et l’apprentissage des techniques ancestrales pour former les étudiants, m’apparaissait être la formation idéale pour cela. J’ai eu une chance exceptionnelle, cette école me fascinait depuis mes 18 ans ! Les formateurs étant de grands professionnels, nous avons été initié aux techniques du décor en suivant une méthode rigoureuse ; trompe l’œil, fresque, grotesque, fausses-matières, etc. L’Ecole d’Avignon a fait grandir ma passion pour ce métier.

* L’Ecole d’Avignon, Centre de Ressources sur le bâti ancien, est une association créée en 1983 à l’initiative du Ministère de la Culture et des représentants des métiers. Installée dans l’Hôtel du Roi René, à Avignon, elle a permis de réutiliser ce monument et de programmer sa restauration complète. Ce bâtiment-école est par essence un lieu d’analyse et de réflexion propice à la formation d’étudiants en métiers d’art de la restauration. Pour en savoir plus : www.ecole-avignon.com

La FMH : Quels ont été les bénéfices de l’attribution
de votre bourse d’étude ?

L.C. : Grâce à la Fondation pour les Monuments Historiques, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’études qui m’a permis de m’équiper pour l’école. La liste des fournitures, qui comprend des pinceaux très spécifiques, des brosses, des éponges, du matériel à dessin, etc., était très coûteuse. Aujourd’hui encore, l’ensemble de ces outils me sert au quotidien dans mon travail.

« Grâce à la Fondation pour les Monuments Historiques, j’ai eu la chance d’obtenir une bourse d’études qui m’a permis de m’équiper pour l’école. La liste des fournitures, qui comprend des pinceaux très spécifiques, des brosses, des éponges, du matériel à dessin, etc., était très coûteuse. Aujourd’hui encore, l’ensemble de ces outils me sert au quotidien dans mon travail. »

La FMH : Aujourd’hui, vous êtes à votre compte. Pouvez-vous nous expliquer ce choix et quel a été votre cheminement ?

L. C. : J’ai souhaité me mettre à mon compte assez rapidement après ma sortie d’école car je voulais travailler à la fois dans la restauration du patrimoine et en création de décor. Intégrer des ateliers de restauration en tant que peintre en décor est possible, mais créer des décors dans une entreprise est plus rare, d’où le choix de ce statut. L’indépendance et la liberté de gérer son entreprise m’attiraient également.

La FMH : Quel est votre quotidien en tant que
restauratrice de décors ?

L. C. : Je travaille de deux manières différentes. Tout d’abord, à l’échelle locale, des particuliers et des entreprises me sollicitent pour créer des décors peints ou réaliser de fausses matières. Par ailleurs, je suis aussi amenée à me déplacer lorsque des entreprises de restauration m’appellent sur des chantiers pour des églises, des châteaux, etc. Pour moi, il y a un équilibre à trouver entre les projets personnels et le travail en entreprise car je trouve que l’un nourrit l’autre. Le fait de travailler en déplacement est agréable si cela n’est pas permanent et c’est pourquoi il est important que je développe aussi mon activité localement.