Entretien avec Nelly Koenig, bénéficiaire d'une bourse d'études de la Fondation

En 2017, la Fondation pour les Monuments Historiques a attribué une bourse d’études à Nelly Koenig, alors élève en master Restauration du patrimoine à l’Institut national du patrimoine (INP), spécialité mobilier. Grâce au mécénat du Crédit Agricole d’Île-de-France Mécénat, elle a reçu 6 000€ afin de restaurer trois œuvres sculptées provenant de la cathédrale Saint-Etiennne de Toulouse (conservées au Louvre) et de mener à bien son projet de mémoire de recherches scientifiques sur les revêtements de surface. Deux années après l’attribution de cette bourse, le chemin parcouru par la jeune restauratrice est édifiant. Témoignage.

La Fondation pour les Monuments Historiques (FMH) : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre formation à l’INP ?

Nelly Koenig (N.K.) : Issue d’une famille de facteurs d’orgues alsaciens (NDLR : artisan spécialisé dans la fabrication et l’entretien d’orgues), mon projet initial était de devenir conservatrice du patrimoine. J’ai donc d’abord suivi la formation de l’Ecole nationale des chartes. Cependant, le contact avec la matière me manquait et, à l’issue de ma thèse, j’ai décidé de m’orienter vers la restauration. Pour cela, j’ai effectué plusieurs stages d’artisanat, d’abord au sein de l’entreprise familiale puis chez un doreur et un marqueteur d’art. Grâce à la formation en histoire de l’art que j’ai suivi à l’École des chartes et à mes premières expériences en atelier, j’ai obtenu le concours d’entrée de l’Institut national du patrimoine, où j’ai suivi une formation de cinq ans spécialisée dans la restauration de mobilier.

Cette formation comprend deux périodes de stage, que j’ai effectuées respectivement au centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et au centre de restauration des châteaux de Bavière. Ces stages ont été l’occasion de travailler sur du mobilier Renaissance et de découvrir les problématiques de restauration des vernis du mobilier. La dernière année de formation est consacrée à un travail d’étude et de restauration portant sur une œuvre de notre choix, issue des collections publiques. J’ai choisi pour mon mémoire un ensemble de trois stalles provenant initialement de la cathédrale de Toulouse et aujourd’hui exposées au musée du Louvre. Durant cette année de recherche, j’ai travaillé à adapter une technique de nettoyage issue de l’industrie, le nettoyage cryogénique, au retrait des cires modernes se trouvant sur les stalles.

La FMH : Quels ont été les bénéfices de l’attribution de votre bourse d’études ?

N. K. : La bourse d’étude m’a d’abord permis de mener à bien le projet de recherche de mon mémoire de fin d’études. Celui-ci nécessitait de travailler en partie en Suisse, avec l’entreprise partenaire Zeintra-Polarjet et l’école de restauration de Neuchâtel, et d’effectuer les achats de matériel nécessaires au nettoyage cryogénique, comme une bouteille de dioxyde de carbone. Assurée de ne pas être contrainte par des questions matérielles, j’ai pu mettre en place un protocole de test de nettoyage cryogénique sur les œuvres d’art et l’appliquer avec succès lors de la restauration des stalles.

La bourse m’a aussi permis de rejoindre un atelier partagé après mon diplôme. Le loyer d’un atelier représente une charge importante en début d’activité, mais cela se révèle un choix payant puisqu’il est possible d’accepter davantage de travaux lorsqu’on dispose d’un espace.

Enfin, grâce à la bourse, j’ai pu m’équiper en matériel d’analyse pour étudier les vernis de mobilier, ce qui constitue aujourd’hui une partie importante des prestations que je propose à mes clients.

« Grâce à la bourse, j’ai pu m’équiper en matériel d’analyse pour étudier les vernis de mobilier, ce qui constitue aujourd’hui une partie importante des prestations que je propose à mes clients. »

La FMH : Pouvez-vous nous parler de la création de votre atelier et de vos activités ?

N. K. : Je me suis associée avec une collègue, Marine Prevet, diplômée de l’Institut national du patrimoine une année avant moi et, elle aussi, bénéficiaire d’une bourse de la Fondation pour les Monuments Historiques. Nous avons créé l’atelier KoPal après avoir auparavant travaillé ensemble à plusieurs reprises, sur des chantiers-école ou des restaurations pour des particuliers. Nos parcours sont très différents – Marine ayant été formée à l’ébénisterie au sein des Compagnons du Devoir et travaillant depuis l’âge de 18 ans – et nous rendent très complémentaires. Travailler à deux est un véritable atout puisque nous nous poussons mutuellement à chercher des solutions innovantes et à mettre à jour nos connaissances, via la formation continue et les colloques.

Actuellement, nous avons rejoint un atelier partagé avec d’autres restaurateurs de mobilier et de laque, dans le XIe arrondissement de Paris. Nos activités sont assez variées puisque nous pouvons intervenir sur du mobilier très classique comme sur tout objet comprenant du bois, en nous associant avec des collègues spécialisés dans d’autres matériaux si nécessaire. Nous avons ainsi travaillé sur des maquettes, des objets agricoles et même sur des avions anciens avec des structures en bambou ! Nous avons à cœur dans nos restaurations de proposer des solutions respectueuses des matériaux anciens, par exemple en préférant le bois à la résine pour les comblements, quitte à innover sur la mise en œuvre, en ne s’interdisant pas d’utiliser des machines à commande numérique pour le façonnage de moulures ou les découpeuses laser pour la découpe de pièces de marqueterie. Nous avons également ajouté à nos compétences un volet d’étude et d’analyse des vernis de mobilier. Sans égaler la précision des analyses de laboratoires, nous avons mis au point un protocole d’étude nous permettant d’observer les vernis à échelle microscopique et de réaliser en atelier des tests de caractérisation, permettant par exemple d’identifier certains composés comme la colophane, les huiles, les cires, etc.

La FMH : Avez-vous un exemple d’une restauration qui vous a particulièrement marquée ?

N. K. : Nous venons tout juste de terminer la restauration d’un ensemble de mobilier du début du XIXe siècle comprenant un canapé, une console, une chaise et un fauteuil, ayant appartenu au comte de Boigne. Cet ensemble va être exposé au musée savoisien de Chambéry lorsque celui-ci rouvrira après travaux en 2020. Cette restauration était marquante pour moi car il s’agissait d’un travail complet nécessitant de coordonner une équipe de plusieurs restaurateurs de différentes spécialités – mobilier, textile, sculpture, dorure et tapisserie.  Elle s’est également révélée passionnante car elle incluait une partie d’étude du mobilier pour essayer d’en déterminer la provenance. Ceci m’a amenée à étudier des styles de mobilier moins connus que le mobilier français, comme le mobilier italien, anglais ou russe. Enfin, l’avant / après est plutôt spectaculaire !

Pour en savoir plus sur Nelly Koening et l’atelier KoPal : http://atelierkopal.fr/