Entretien avec Aurélie Gérard, restauratrice du patrimoine

La Fondation Mérimée, avec le soutien du Crédit Agricole d’Ile-de-France Mécénat, a accordé l’année dernière une bourse d’études de 5 000 euros à Aurélie Gérard, alors étudiante en dernière année à l’Institut national du patrimoine (INP). Pour valider son diplôme en conservation et restauration du patrimoine, Aurélie a travaillé durant une année complète à la restauration d’une œuvre qu’elle a choisie, une sculpture en bois représentant un Christ en croix, conservée dans l’église Notre-Dame-des-Fontaines de Pontrieux et classée monument historique. Un an après l’attribution de cette bourse, nous l’avons rencontrée.

© Institut national du patrimoine / Aurélie Gérard

Fondation Mérimée (F.M.) : Vous êtes aujourd’hui officiellement restauratrice du patrimoine. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à ce choix de carrière ?

Aurélie Gérard (A.G.) : Mes parents m’ont inscrite à un cours de poterie lorsque j’avais 9 ans. Je me suis tout de suite prise de passion pour la sculpture et cela ne m’a plus quittée. Plus tard, au moment de choisir la filière dans laquelle je souhaitais poursuivre mes études, j’ai pris la décision de continuer dans cette voie et d’entrer à l’École Boulle, en spécialité sculpture sur bois. À l’issue d’une formation de 6 ans, mon souhait a été de jouer un rôle dans la préservation du patrimoine pour assurer sa transmission aux générations futures. J’ai alors décidé de passer les concours de l’Institut national du patrimoine. J’ai été admise élève restauratrice en 2016 puis j’ai suivi une formation de cinq ans pour acquérir les bases théoriques, scientifiques et pratiques nécessaires à la conservation-restauration d’œuvres et d’objets patrimoniaux relevant de ma spécialité, la sculpture.

F.M. : La Fondation Mérimée, grâce au soutien du Crédit Agricole d’Ile-de-France Mécénat, vous a attribué une bourse d’études dans le cadre de votre projet de fin d’études. Pouvez-vous nous le présenter ?

A.G. : À l’Institut national du patrimoine, la dernière année d’études est entièrement dédiée à une œuvre choisie par l’élève restaurateur afin de l’étudier et de la restaurer. Ce travail donne lieu à la rédaction d’un mémoire sur l’œuvre et les techniques de restauration employées. J’ai souhaité consacrer cette année à un Christ en croix en bois polychrome, datant du XVIIIème siècle et découvert en 2009 dans le grenier de l’ancien presbytère de Pontrieux, dans les Côtes-d’Armor. Après sa découverte, ce Christ en croix a été conservé dans l’église Notre-Dame-des-Fontaines de Pontrieux, dans une caisse réalisée sur-mesure, et a obtenu en 2014 le classement au titre des monuments historiques, statut que je souhaitais appréhender en cette année de mémoire.

J’avais été très marquée par plusieurs de mes chantiers, en stage ou avec l’école, comme sur le portail de la cathédrale de Reims, l’horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg ou encore les tables de la confrérie du Puy à la cathédrale d’Amiens, et je nourris depuis un intérêt particulier pour les œuvres monumentales. Bien que je ne souhaite pas me spécialiser dans un type de matériau, je dois avouer que le bois reste ma matière de prédilection, or cette œuvre présente une technique de fabrication très particulière puisqu’elle est composée de nombreuses pièces de bois assemblées entre elles par des chevilles.

F.M. : Quelles ont été les étapes de cette restauration ?

A.G. : J’ai consacré le premier semestre de l’année à faire une étude historique de l’objet. Avant de le restaurer, il est intéressant de mieux connaître son histoire et son contexte de création. Grâce à d’anciennes cartes postales, nous avons la certitude que le Christ en croix prenait à l’origine place dans l’église Notre-Dame-des-Fontaines mais cette sculpture a été déplacée à plusieurs reprises. Longtemps suspendue au centre du chœur de l’église, elle a ensuite été placée contre un des piliers de la nef, face à la chaire à prêcher, avant d’être probablement transférée à côté de la façade extérieure de l’église. C’est sans doute à ce moment que l’œuvre a subi le plus de dégradations.

Concernant l’origine de la sculpture, une dizaine d’œuvres très similaires, parfois même quasiment identiques, tant au niveau de leur esthétique que de leur technique de fabrication, ont été retrouvées dans les Côtes-d’Armor (à l’exception d’une œuvre similaire découverte à Limoges, NDLR). Ces autres exemples m’ont permis de déterminer que cette production de Christ devait provenir d’un même atelier ou d’un même sculpteur. Pour quatre de ces sculptures, des sources mentionnent le nom d’un artiste : Gilles Chenu du Bourg, sculpteur actif dans la région entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Il est alors probable que le Christ de Pontrieux ait été réalisé par cet artisan ou par son atelier à cette époque. En parallèle, j’ai mené une étude sur l’état de conservation de l’œuvre qui consiste à appréhender toutes ses altérations et à déterminer leurs causes ainsi que leur risque d’évolution dans le temps.

J’ai consacré le troisième trimestre de l’année à la restauration à proprement parler. Dans un premier temps, le plus urgent était de stabiliser les altérations évolutives : consolider le bois, retirer tous les micro-organismes qui avaient colonisé la surface et refixer la polychromie. La seconde étape a ensuite été de redonner de la lisibilité à l’œuvre, c’est-à-dire de réassembler chacune des parties. Enfin, je suis intervenue sur l’esthétique de l’œuvre pour lui redonner une relative homogénéité.

F.M. : Que vous a apporté votre bourse d’études ?

A.G. : La bourse d’études qui m’a été accordée en septembre 2020 m’a permis d’investir dans du matériel que j’utiliserai tous les jours dans ma vie professionnelle. Par exemple, j’ai fait l’acquisition d’une meule pour me permettre d’entretenir mes gouges (outillage de sculpture sur bois qui nécessite un affûtage régulier, NDLR). Grâce à la bourse, je me suis aussi équipée d’un ordinateur-tablette qui me sera très utile pour réaliser des relevés et des schémas sur les chantiers. Je suis très reconnaissante pour ce soutien qui m’aide beaucoup dans cette période d’installation.

F.M. : Et pour la suite ?

A.G. : Grâce à ce travail de restauration, le Christ en croix va pouvoir retrouver la place qu’il mérite dans l’église Notre-Dame-des-Fontaines, lorsque les travaux de l’édifice seront terminés. L’œuvre aura ainsi une seconde vie. Pour ma part, je suis diplômée de l’Institut national du patrimoine depuis le 17 septembre. Je peux donc désormais exercer mon métier de restauratrice du patrimoine par le biais d’une microentreprise que j’ai créée et répondre à des appels d’offres tant pour des œuvres in situ que des œuvres muséales.


Œuvre de mémoire d’Aurélie Gérard après restauration
© Angèle DEQUIER / INP

Les écuries de Chaumont-Laguiche enfin restaurées

En 2020, notre Fondation, grâce au mécénat de la Fondation François Sommer, a accordé un prix de 10 000 euros pour la restauration du clos et du couvert des façades Nord et Sud des écuries du domaine de Chaumont-Laguiche. Œuvre de François Blondel, ingénieur du roi et futur directeur de l’Académie Royale d’Architecture, elles sont bâties entre 1648 et 1652 pour le petit-fils de Charles IX à la demande de son épouse, Henriette de Laguiche. Desservi par deux escaliers monumentaux, l’édifice reprend des plans attribués à Léonard de Vinci : un bâtiment rectangulaire présentant à l’intérieur trois vaisseaux à voûtes d’arêtes dont les proportions reprennent en tout point celles imaginées par l’artiste italien.

L’inauguration des travaux des écuries a eu lieu le 4 septembre 2021, après près de deux ans de restauration. Nous avons profité de cet événement pour poser quelques questions à Xavier Flambard, gestionnaire du domaine de Chaumont-Laguiche.

Façade principale des écuries de Chaumont-Laguiche, après restauration © Château et Domaine de Chaumont Laguiche (CDCL)

Fondation Mérimée (F.M.) : Quels ont été les différents travaux menés sur les écuries du château de Chaumont-Laguiche ?

Xavier Flambard (X.F.) : En 2015, les propriétaires, Jean et Anne de Laguiche, se sont rendu compte que le bâtiment présentait d’importants problèmes structurels. Suite à ce constat, l’année suivante, le cabinet d’architectes RL&A, à Lyon, a réalisé un audit sanitaire révélant de sévères désordres au niveau des pignons et un risque de déséquilibre pour l’édifice. Face à ce diagnostic, des travaux de consolidation d’urgence ont été menés en 2016, suivis de travaux de stabilité structurelle en 2017. Les escaliers, endommagés par des infiltrations d’eau, ont également été repris en 2018.

F.M. : Après avoir initié ces travaux urgents, quelle a été l’étape suivante ?

X.F. : Après avoir réalisé les travaux structurels, nous avons entrepris dès fin 2019 la restauration du clos et du couvert. Ces travaux consistaient en la révision de la couverture ainsi qu’en la reprise de toutes les façades et les huisseries. Pour mener à bien ce vaste programme, nous avons fait le choix de diviser les travaux en deux tranches successives : la première portant sur les façades Est et Ouest, comprenant par ailleurs la restauration de la statue équestre de Philibert de Laguiche qui orne la façade principale ; la seconde portant sur les façades Nord et Sud du bâtiment, lesquelles ont fait l’objet du Prix François Sommer en 2020.

F.M. : Quels sont les différents corps de métier qui sont intervenus sur cette restauration et combien d’artisans y ont travaillé ?

X.F. : Vingt-cinq artisans et six corps de métier sont intervenus tout au long de cette restauration. Parmi eux, huit spécialistes en charpente et couverture (entreprise Bourgeois) ; six maçons (entreprise Hory Marcais), six menuisiers (entreprise Rhetat Cardon), 2 ferronniers (Ferronnerie de l’abbaye) ; deux restaurateurs de pierre (entreprise Arcams) et un tailleur de pierre (Griot). L’intégralité des menuiseries a dû être démontée pour être restaurée en atelier. Lorsque l’état de conservation de certaines fenêtres était trop mauvais, elles ont été remplacées par des fenêtres recréées sur mesure. La porte au niveau du pignon Sud a également été créée à partir du modèle existant sur la façade principale. Nous remercions la Fondation Mérimée et la Fondation François Sommer d’avoir soutenu cette étape.

F.M. : Maintenant que les travaux des écuries sont terminés, quels sont vos projets pour investir cet espace ?

X.F. : Depuis le départ, notre objectif était double : préserver le bâtiment et l’ouvrir au public. Ainsi, depuis 2019, les écuries font partie du parcours de visite et accueillent par ailleurs divers événements. Nous avons par exemple une programmation culturelle prévue pour la saison 2022 avec des concerts, un tournoi et un village médiéval, ainsi qu’une interprétation de la célèbre pièce de théâtre « Cyrano de Bergerac » par les Lames sur Seine.

Écuries du château de Chaumont-Laguiche pendant les travaux © CDCL
Écuries du château de Chaumont-Laguiche après travaux de restauration © CDCL

Lancement du Grand Trophée Dassault Histoire et Patrimoine 2021

Organisé par la Fondation Mérimée, Le Figaro Magazine et Propriétés Le Figaro, le Grand Trophée de la plus belle restauration devient cette année le Grand Trophée Dassault Histoire et Patrimoine et prend une nouvelle dimension avec trois prix :

Le Grand Trophée des monuments – 100 000 €

Récompense un propriétaire privé ayant réalisé au sein d’un édifice (immeuble ou dépendances) protégé au titre des monuments historiques un important et exemplaire programme de restauration

Le Grand Trophée des jardins – 60 000 €

Récompense un propriétaire privé ayant réalisé au sein d’un parc ou d’un jardin un programme de restauration, de restitution ou de recréation exemplaire et de grande ampleur. Le parc ou jardin peut être protégé au titre des monuments historiques ou peut entourer un monument protégé.

Le Coup de cœur du jury – 40 000 €

Parmi les dossiers de candidature au Grand Trophée des monuments, le jury peut choisir de récompenser un des candidats en lui accordant son « Coup de cœur » parce qu’il juge remarquable la qualité, l’ambition et l’histoire du projet au sein du monument historique.

Consulter le règlement du prix ici.

Découvrez le site du Grand Trophée Dassault Histoire et Patrimoine : ici.

Pour candidater au Grand Trophée Dassault Histoire et Patrimoine 2021

Pièces du dossier à fournir :

• Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.

• Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.

• Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 23 août 2021 à minuit par WeTransfer à l’adresse :  communication@fondation-merimee.org

La porte de Champagne de Levroux, lauréate du Prix Dendrotech en 2020

L’année dernière, la Fondation Mérimée a remis le Prix Dendrotech à la commune de Levroux, située dans l’Indre, afin de dater les charpentes de la porte de Champagne, classée au titre des monuments historiques depuis 1944.Ce prix, consenti chaque année par Yannick Le Digol, gérant de la société Dendrotech, prend la forme d’un mécénat de compétences et permet d’offrir une expertise en dendrochronologie à un propriétaire de monument historique, privé ou public. L’étude de datation du bois, d’une valeur de 5 000 euros, contribue ainsi à parfaire la connaissance et l’histoire d’un édifice.

La charpente de la porte de Champagne de Levroux © Ville de Levroux

Situé à Levroux, à 20 km de Châteauroux, le monument est une porte fortifiée achevée en 1506, dernier vestige de l’architecture militaire de la ville. Ces fortifications, commanditées par Charles VII en 1436, avaient pour rôle de protéger les chanoines de Saint-Sylvain et les habitants de Levroux, terrorisés par les brigands et les routiers. La porte de Champagne, classée au titre des monuments historiques depuis 1944, se compose d’une baie en plein cintre et de deux tours cylindriques percées d’étroites meurtrières.

Le 12 janvier 2021, la société Dendrotech a effectué le prélèvement de vingt-quatre échantillons de bois provenant des charpentes de la porte de Champagne de Levroux
© Ville de Levroux.

La société Dendrotech, intervenue à Levroux le 12 janvier 2021, a prélevé vingt-quatre échantillons de bois provenant des charpentes, dont dix-neuf ont pu être datés. Les résultats obtenus révèlent que les chênes des charpentes de la courtine et des tours Est et Ouest ont été abattus durant l’automne-hiver 1611/12. Ils ont probablement été posés l’année suivante, en 1612, soit près de 200 ans après la construction de l’édifice.

Face à l’état sanitaire préoccupant de l’édifice, le Maire de Levroux et ses habitants, qui ont particulièrement à cœur de sauvegarder cet important vestige, sont très impliqués depuis 2018 pour que la porte soit enfin restaurée. Le programme de travaux comprend une intervention sur les maçonneries intérieure et extérieure de l’édifice ainsi que sur la couverture. Après ces travaux, il est prévu qu’un escalier soit aménagé pour permettre aux visiteurs d’accéder aux parties hautes de la tour et un théâtre de verdure sera également aménagé à proximité de la porte de Champagne. Le monument aura à terme vocation à accueillir les événements culturels de la commune.

L’étude en dendrochronologie révèle que les charpentes de la courtine et des tours Est et Ouest ont probablement été mises en œuvre dans l’année 1612 © Ville de Levroux.
En mars dernier, Yannick Le Digol (à droite sur la photographie), gérant de la société Dendrotech, était à Levroux pour la restitution des résultats de l’étude © Ville de Levroux.

L’abbaye Sainte-Marie de Fontfroide soigne ses décors

L’abbaye de Fontfroide, située à Narbonne, dans l’Aude, a été fondée à l’extrême fin du XIème siècle et affiliée à l’ordre de Cîteaux. Au fil des siècles, elle connaît une expansion rapide qui lui vaut d’être agrandie et embellie. Témoins de cette richesse, les cours et jardins de l’ensemble abbatial accueillent encore aujourd’hui de nombreuses sculptures et des décors ornementaux. En 2019, grâce à sa mécène Catherine de Montmarin-Monnoyeur, la Fondation Mérimée a accordé aux propriétaires du monument un soutien de 10000 euros pour la restauration de deux ensembles décoratifs.

L’héritage de Gustave et Madeleine Fayet

Suite à sa mise en vente, en 1908, l’abbaye de Fontfroide est reprise par Gustave Fayet et son épouse, Madeleine d’Andoque de Sérièges. Collectionneur et peintre, Gustave Fayet entreprend sans tarder la restauration des bâtiments dont l’état sanitaire est alarmant. Il fait aussi de Fontfroide un lieu culturel, réunissant sur place écrivains, musiciens et peintres, comme par exemple l’artiste symboliste Odilon Redon venu en 1910 peindre son dernier grand décor, Le Jour et La Nuit, dans la bibliothèque. 

L’ensemble abbatial a d’abord été inscrit au titre des monuments historiques en 1988 puis classé en 2001. La protection intègre, en plus des bâtiments monastiques, les jardins en terrasses étagées, les cours, la roseraie ainsi que la statuaire et les fabriques. Pour faciliter la gestion et la transmission du monument, l’abbaye est détenue via une société civile immobilière qui regroupe 74 membres, tous descendants de Gustave et Madeleine Fayet. 

L’abbaye lauréate du Prix Décors Sculptés

Très certainement aménagés au XVIème siècle, les jardins en terrasses témoignent de la grande richesse dont jouissait l’abbaye à cette époque. Installés sur le flanc de la colline Ouest, face aux bâtiments, ces espaces s’organisent en différents clos et en terrasses successives. Les abbés commendataires ont par la suite aménagé un majestueux porche d’entrée que surplombent les jardins en terrasses étagées. 

À la suite de Gustave Fayet, les propriétaires successifs se sont tous attachés à conserver les bâtiments, les jardins ainsi que tous leurs aménagements et décors. C’est dans cette optique qu’ils ont présenté, en 2019, une candidature au Prix Décors sculptés, un soutien remis chaque année par la Fondation Mérimée – anciennement Fondation pour les Monuments Historiques – grâce au soutien de Catherine de Montmarin-Monnoyeur. La Fondation a ainsi contribué, à hauteur de 10 000 euros, à la restauration de deux décors datant du XVIIIème siècle : la fontaine en pierre calcaire qui orne la cour d’honneur et un pot à feu ornemental en grès que l’on retrouve sur la terrasse d’entrée. 

Ces deux décors nécessitaient une intervention conservatoire car leur emplacement à l’extérieur et en hauteur occasionnait des altérations liées à l’érosion, à l’exposition aux agents atmosphériques, ainsi qu’à la croissance de la microflore, notamment de lichens et de mousses qui leur donnaient depuis quelque temps une patine sombre.

Le travail du restaurateur a donc consisté à dessaler l’ensemble des éléments en les brossant, puis à les nettoyer à l’aide d’un traitement fongicide. Certaines fragilités et fissures ont été stabilisées par l’application d’un consolidant naturel et de mortier. Enfin, un film hydrofuge protecteur a été appliqué sur toute la surface des décors afin de veiller à leur préservation dans le temps. Grâce au Prix Décors sculptés, la fontaine de la cour d’honneur et le pot à feu ont enfin pu retrouver leur colorisation d’origine. 

La fontaine la cour d’honneur après restauration © Abbaye de Fontfroide.

Lancement de la 2ème session d’appel à candidatures pour nos prix et bourses d’études en 2021

La Fondation Mérimée lance aujourd’hui la deuxième session d’appel à candidatures pour ses prix et bourses d’études.

Les propriétaires-gestionnaires de monuments et jardins historiques, privés et publics, ont jusqu’au 15 juin 2021 pour se porter candidat au Prix du Jeune Repreneur et au Prix Dendrotech.

Les étudiants se formant aux Métiers d’art de la restauration, toute spécialité confondue, ont quant à eux jusqu’au 15 août 2021 pour se porter candidat à nos bourses d’études.

Montant : 25 000 €

La Fondation Mérimée, avec le soutien de Patrice Besse et SLA Verspieren, encourage la reprise et la valorisation économique de monuments historiques par les jeunes générations. Le prix s’adresse aux repreneurs âgés de 18 à 45 ans, propriétaires-gestionnaires d’un monument depuis moins de cinq ans.

Consulter le règlement du prix ici.

Pour candidater au Prix du Jeune Repreneur 2021

Pièces du dossier à fournir :

• Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.

• Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.

• Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 juin 2021 par WeTransfer à l’adresse :  communication@fondation-merimee.org

Montant : 5 000 € (valeur en mécénat de compétences)

La société Dendrotech propose de réaliser une analyse dendrochronologique – méthode de datation du bois – afin d’apporter un éclairage nouveau sur l’histoire d’un monument ou d’un jardin historique, privé ou public.

Consulter le règlement du prix ici. 

Pour candidater au Prix Dendrotech 2021

Pièces du dossier à fournir :

• Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.

• Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.

• Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 juin 2021 par WeTransfer à l’adresse : communication@fondation-merimee.org

Montant : jusqu’à 5 000 €

Grâce au soutien du Crédit Agricole d’Île-de-France Mécénat, la Fondation Mérimée accorde plusieurs bourses d’études à des étudiants se formant aux métiers d’art de la restauration, toute spécialité confondue (sculpture, peinture, dorure, taille de pierre, ébénisterie, ferronnerie…). Les candidats doivent poursuivre leur formation en Île-de-France.

Consulter le règlement de la bourse d’études ici.

Pour candidater à la Bourse d’études en Métiers d’art de la restauration 2021-2022

Pièces du dossier à fournir :

• Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.

• Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.

• Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 août 2021 par WeTransfer à l’adresse : communication@fondation-merimee.org


Lancement de la 1ère session de candidature pour les prix et soutiens 2021

La Fondation Mérimée lance aujourd’hui la 1ère session de candidatures pour ses prix et soutiens 2021.

Les propriétaires de monuments et jardins historiques, publics et privés, peuvent dès à présent concourir aux aides à projets Restauration et Accessibilité ainsi qu’au prix François Sommer.


Aide à projets Restauration 2021

Montant : entre 5 000 € et 15 000 €

L’aide à projets Restauration permet d’attribuer un soutien financier à tout type de travaux de restauration d’un édifice, parc ou jardin, public ou privé, à condition qu’il soit classé ou inscrit au titre des monuments historiques.

Consulter le règlement du prix ici.

Pour candidater à l’aide à projets Restauration 2021

Pièces du dossier à fournir :

  • Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.
  • Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.
  • Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 mars 2021 par WeTransfer à l’adresse : communication@fondation-merimee.org


Aide à projets Accessibilité 2021

Montant : entre 5 000 € et 10 000 €

Cette aide à projets permet d’encourager un programme de travaux destiné à faciliter l’accès aux personnes en situation de handicap (moteur, visuel, auditif ou intellectuel) au sein d’un monument ou jardin historique, public ou privé.

Consulter le règlement du prix ici.

Pour candidater à l’aide à projets Accessibilité 2021

Pièces du dossier à fournir :

  • Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.
  • Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.
  • Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 mars 2021 par WeTransfer à l’adresse :  communication@fondation-merimee.org


Prix François Sommer 2021

Montant : 30 000 €

La Fondation Mérimée, avec le soutien de la Fondation François Sommer, soutient la restauration de décors en lien avec la chasse et la nature (peinture murale, bas-reliefs, vitraux, etc.) ou la sauvegarde d’un édifice répondant à l’une de ses catégories (pigeonnier, écurie, vivier, etc.).

Consulter le règlement du prix ici.

Pour candidater au prix François Sommer 2021

Pièces du dossier à fournir :

  • Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.
  • Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.
  • Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 mars 2021 par WeTransfer à l’adresse :  communication@fondation-merimee.org

Prix Décors Sculptés 2021

Montant : entre 5 000 € et 20 000 €

La Fondation, avec le soutien de Catherine de Montmarin-Monnoyeur (sculpteure), encourage les travaux de conservation ou de restauration de décors sculptés  – statues, bancs, fontaines, bassins, etc. – situés dans un parc ou un jardin privé protégé au titre des monuments historiques.

Consulter le règlement du prix ici.

Pour candidater au prix Décors Sculptés 2021

Pièces du dossier à fournir :

  • Le questionnaire de candidature* dûment complété (Format Word uniquement) >> Modèle à télécharger ici.
  • Une présentation photographique* (en Format PowerPoint uniquement, pas de PDF) >> Modèle à télécharger ici.
  • Les documents annexes (la liste exhaustive est à consulter dans le modèle de questionnaire précité).

Le dossier finalisé doit être envoyé avant le 15 mars 2021 par WeTransfer à l’adresse : communication@fondation-merimee.org

La Villa Médicis pouponne ses « prisonniers »

Depuis plusieurs années, la Villa Médicis – Académie de France s’est donné pour objectif de restaurer et de mettre en valeur ses huit hectares de jardins. Le schéma directeur conçu par Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments Historiques, prévoit notamment la restauration de trois sculptures représentant des prisonniers Daces, situées sur le parterre principal de la Villa, le Piazzale.

Grâce à son mécène Catherine de Montmarin-Monnoyeur, la Fondation a accordé en 2019 le Prix Décors Sculptés (10 000 euros) pour la restauration de l’une d’entre elles et les travaux sont aujourd’hui en cours. Nous vous proposons de prendre la direction de Rome pour découvrir les coulisses de ce chantier.

La collection du cardinal de Médicis

Bâtie autour de 1564, ce n’est que douze années plus tard que l’architecte Bartolomeo Ammannati donne à la Villa Médicis la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Sous l’impulsion du cardinal Ferdinand de Médicis, elle est aménagée pour servir d’écrin à une collection d’œuvres d’art composée d’antiques et de nombreux bronzes. En 1789, la majeure partie de cette collection est transférée vers la Galerie des Offices, à Florence, et Napoléon Bonaparte fait l’acquisition de la Villa, alors vidée de toutes ses œuvres, pour y transférer l’Académie de France à Rome, dont les bâtiments viennent d’être incendiés. À cette époque, la Villa et ses jardins sont dans un triste état et doivent être restaurés en vue d’accueillir les lauréats du prix de Rome.

Aujourd’hui encore, la Villa Médicis est le siège de l’Académie. Établissement administratif français sous la tutelle du ministère de la Culture, l’institution est une résidence dédiée à la création, la recherche et l’expérimentation. Elle a trois missions : accueillir les pensionnaires pour des résidences artistiques ; ouvrir le palais et le parc au public ainsi qu’organiser une programmation culturelle ; enfin, entretenir et restaurer le palais et ses jardins.

Vue d’archives © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Les prisonniers Daces, « des antiquités modernes »

Balthus, directeur de l’Académie de 1961 à 1978, fera exécuter des tirages de statues florentines, comme le groupe des Niobides, les prisonniers Daces et l’obélisque, avec l’intention de retrouver les éléments de statuaire qui composaient le jardin du cardinal de Médicis en 1584. Les moulages de prisonniers Daces, qui se situent à l’est du jardin, sont ainsi des reproductions d’originaux romains ayant appartenus historiquement à la Villa. Elles représentent trois hommes debout, les mains liées, et affichent une bichromie bien contrastée : les corps des prisonniers imitent le porphyre rouge tandis que leurs mains et leurs têtes imitent le marbre blanc. Les trois piédestaux sont composés chacun de quatre panneaux sculptés en bas-relief qui illustrent des scènes et des motifs ornementaux d’arc triomphal. Les trois œuvres ont été réalisées entre l’été et l’automne 1975 par le sculpteur Michel Bourbon, alors boursier de l’Académie.

Une série d’examens technologiques a été récemment réalisée pour approfondir la connaissance de la technique utilisée par Michel Bourbon. Une analyse chimique et minéralogique des matériaux a notamment permis d’en apprendre plus sur la recette avant-gardiste mise au point par l’artiste, à savoir un mélange de marbre et de résine époxy. Une modélisation 3D des statues a aussi été initiée pour permettre à terme de les étudier à distance et de réaliser une visite virtuelle de l’ensemble.

Modélisation 3D © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Un ensemble statuaire à restaurer

Si l’emplacement sur le Piazzale met bien en valeur les œuvres et leur permet d’établir un dialogue avec l’environnement naturel, entre autres les pins et les haies de buis et de laurier, celui-ci occasionne néanmoins des altérations qui affectent leur état de conservation. Les facteurs de dégradations sont liés à l’érosion, à l’exposition aux agents atmosphériques ainsi qu’à la croissance de la végétation et de la microflore (algues, champignons et lichens). Une intervention conservatoire devenait donc urgente et, en parallèle, une réflexion autour d’un plan d’entretien et de conservation préventive devait être bâti pour les années à venir.

Détail de la patine biologique © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Une technique de restauration respectueuse de l’environnement

Pour procéder à l’élimination des microorganismes ayant recouvert la surface des statues, qui leur donnait une patine sombre, une méthode de pointe a été utilisée afin d’éviter l’emploi de substances toxiques et nocives pour l’homme et l’environnement, comme le sont les biocides synthétiques traditionnels. En collaboration avec le laboratoire de restauration du marbre des Musées du Vatican, la Villa Médicis a opté pour l’utilisation d’un mélange d’huiles essentielles naturelles qui s’avèrent être extrêmement efficaces pour le traitement des patines biologiques. Le traitement biocide aux huiles essentielles, même s’il ne permet pas d’éviter une dispersion des produits dans l’environnement et sur le gazon environnant, constitue néanmoins une solution parfaitement éco-compatible et éco-durable.

La restauration © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Un projet d’accessibilité pour l’abbaye de Longues-sur-Mer

Chaque année, la Fondation remet une aide à projets, unique en France, permettant d’encourager un programme de travaux dans un monument ou un jardin historique incluant des aménagements destinés à favoriser l’accueil des personnes en situation de handicap (moteur, visuel, auditif ou intellectuel).

En 2016, la famille d’Anglejan, propriétaire de l’abbaye de Longues-sur-Mer, a ainsi reçu un soutien pour l’installation de plusieurs équipements qui garantissent désormais un meilleur confort de visite aux personnes en situation de handicap.

Fondée en 1168, l’abbaye Sainte-Marie de Longues-sur-Mer, dans le Calvados, offre un témoignage exceptionnel de la vie religieuse normande au Moyen Âge, mais aussi de son architecture et de ses arts décoratifs. Après une longue période de prospérité, l’abbaye bénédictine connaît un lent déclin jusqu’à sa fermeture au XVIIIe siècle. Convertis en exploitation agricole, les bâtiments ont été partiellement détruits ou transformés. Faisant suite au classement de l’ensemble abbatial, en 1915, plusieurs campagnes de restauration ont été entreprises depuis.

La sauvegarde du site est, depuis 1964, entre les mains de la famille d’Anglejan. En 2017, suite à un diagnostic architectural lancé préalablement sur les conseils de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), le mur du cloître a d’abord été consolidé. Le chantier suivant est considérable : il s’agit de remettre en place une toiture sur le chœur de l’église abbatiale et de remplacer la couverture du réfectoire des moines. Les travaux, qui débuteront au printemps 2021 et se prolongeront sur deux années, sont financés par la Drac, le Département du Calvados, la mission Bern (sélectionné en 2019 comme monument « emblématique » pour la région Normandie), l’association French Heritage Society ainsi que le mécénat populaire (vous pouvez les soutenir ici).

Jérôme d’Anglejan avec Stéphane Bern dans l’église de l’abbaye de Longues.

En parallèle, les propriétaires sont très investis pour permettre une ouverture au public du monument qu’ils souhaitent la plus large. En 2018, à l’occasion du 850ème anniversaire de l’abbaye Sainte-Marie de Longues, l’élargissement des plages d’ouverture et les nombreuses animations programmées ont permis de multiplier par dix le nombre de visiteurs, passant ainsi de 300 à 3 000 visiteurs. En 2019, année de célébration du 75e anniversaire du D Day, ce sont près de 5 000 visiteurs qui ont été accueillis à l’abbaye. Cette année, l’abbaye a pu rouvrir ses portes dès le 11 mai en proposant deux expositions : en juin, sur les thèmes du pèlerinage à l’archange Saint Michel, en juillet, sur les jardins normands. Trois concerts ont également été organisés et ont affiché complets. 

En réponse au nombre croissant de visiteurs, il était devenu indispensable d’entreprendre des aménagements permettant de mieux accueillir les visiteurs, en veillant à prendre en considération tous les types de public. Dans cette optique, l’abbaye de Longues a reçu, en 2016, un soutien de notre Fondation pour la mise en accessibilité du site. Cette aide de 9 000 euros a permis aux propriétaires d’installer des sanitaires adaptés aux personnes à mobilité réduite. Un plan incliné et une rampe en bois ont aussi permis de rendre le réfectoire des moines accessible aux personnes se déplaçant en fauteuil.

Aménagements réalisés pour la mise en accessibilité du monument : rampe d’accès et création d’une extension pour l’installation de sanitaires adaptés.

Entretien avec Nicolas Navarro, propriétaire du château du Taillis (Seine-Maritime)

La Fondation a soutenu à deux reprises le château du Taillis : en 2016, avec le Prix du Jeune Repreneur (25 000 euros avec le mécénat de Patrice Besse et SLA Verspieren) et, en 2018, avec le Prix French Heritage Society (15 000 dollars). Au regard de la situation actuelle, nous avons souhaité poser 4 questions à Nicolas Navarro, propriétaire du monument.

Nicolas Navarro, propriétaire du château du Taillis.

Fondation pour les Monuments Historiques (FMH) : Aujourd’hui, et plus particulièrement dans ce contexte de crise sanitaire, quels sont les défis à relever pour attirer les visiteurs ? 

Nicolas Navarro (N.N.) : À partir du déconfinement, le 11 mai dernier, nous espérions que la saison reprendrait à un bon rythme mais le public n’a pas été tout de suite au rendez-vous. Nous avions initialement pour objectif de battre cette année nos records de fréquentation au printemps, malheureusement la majeure partie de nos événements a dû être annulée. Cela a été le cas des commémorations du 8 mai, qui est habituellement notre événement le plus important de l’année. Toutes les réceptions de mariage – qui constituent par ailleurs l’une de nos principales ressources – ont aussi été annulées ou, dans le meilleur des cas, reportées. Faute de chance, nous avons aussi dû nous résoudre à annuler, post confinement, une de nos Visites aux Lumières en raison d’intempéries. 

Fort heureusement, la saison a véritablement repris avec les journées Rendez-vous aux Jardins que nous avons souhaité maintenir en juin, durant lesquelles nous avons accueilli 1 500 visiteurs, et grâce au maintien d’activités destinées à des petits groupes telles que nos Murder Party (jeu de rôle inspiré des romans à enquête, NDLR). Nous restons cependant privés d’une partie non négligeable de notre clientèle, à savoir les touristes américains. 

Nous nous apercevons de plus en plus que le public est friand des visites faites par les propriétaires. Au château du Taillis, nous organisons en temps normal une centaine de visites guidées par an. Nous veillons à les ponctuer de petites anecdotes, à parler de la vie quotidienne des personnes qui ont vécu ici et celles qui y vivent encore. Nous n’hésitons pas à partager avec les visiteurs tous nos projets et les travaux que nous devons réaliser à court ou moyen terme. 

Les personnes qui arrivent chez nous sont souvent à la recherche d’expériences uniques. Alors, nous innovons et adaptons nos offres, comme par exemple avec l’organisation d’un nouveau type d’événement : le marché-concert. Le confinement nous a également permis de mettre au point notre propre Escape Game (jeu immersif pour une équipe de participants enfermée dans un endroit clos dont elle doit trouver le moyen de s’évader, NDLR). Avec la crise sanitaire de ce début d’année, il fallait se rendre à l’évidence : s’il n’est plus possible d’accueillir du public en grand nombre, il nous faut développer ce type d’activités.

Le château du Taillis (Seine-Maritime).

FMH : Quelles sont concrètement les difficultés auxquelles vous devez faire face après cette période ?

N.N. : La première difficulté est d’ordre financier car nous n’avons pas pu faire une rentrée d’argent suffisante cet été. Bien sûr, nous sommes aidés par l’État mais nous ignorons pour combien de temps encore. Après l’annonce faite par le gouvernement sur les nouvelles mesures sanitaires en vigueur depuis le 1er septembre, je reste pessimiste pour la fin de l’année. Un certain nombre de visites et de séminaires d’entreprise qui avait été reporté aux mois de septembre et d’octobre a déjà été annulé.

Au niveau local, peu d’initiatives sont entreprises pour aider les lieux historiques et touristiques. En réponse à ce manque de cohésion, nous avons pour projet, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine (les 19 et 20 septembre 2020), de former un réseau qui regroupera plusieurs monuments privés dans la région. 

FMH : Comment ont avancé les travaux de la Maison du Chapelin, soutenus par notre Fondation en 2018 ?

N.N. : Dès 2017, notre architecte avait établi le programme des travaux devant être entrepris pour restaurer la Maison du Chapelin mais le chantier n’a pu être lancé qu’en juillet dernier. Toutes les démarches administratives ont été plus longues que prévu, notamment la demande de permis de construire et l’autorisation de travaux auprès de notre Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Le côté positif est que cela nous a permis de prendre davantage de temps pour obtenir des aides financières. Pour ce chantier, nous avons le soutien de la Drac ainsi que des fonds européens. En revanche, la région et la métropole ne nous apportent aucune aide. Nous espérons pouvoir accueillir dès l’été prochain nos premiers clients dans cette maison qui a vocation à devenir un gîte. 

FMH : Comment les deux prix qui vous ont été attribués par notre Fondation – le Prix du Jeune Repreneur en 2016 et le Prix French Heritage Society en 2018 – vous ont-ils aidé ?

N.N. : Recevoir ces deux prix de la Fondation pour les Monuments Historiques a été une récompense pour toute notre famille mais aussi pour nos proches car nous sommes beaucoup de personnes investies dans la préservation du château du Taillis. Le Prix du Jeune Repreneur est très encourageant car il donne du crédit à notre mode de fonctionnement et à notre modèle économique. Alors qu’il subsiste beaucoup d’incertitudes sur l’avenir du château, se sentir épaulé est extrêmement précieux. Mes parents et mon épouse ont trouvé cette reconnaissance salvatrice. Au-delà de l’aide financière, c’est aussi un soutien moral fort. 

Cela nous touche particulièrement qu’avec la remise du Prix French Heritage Society ($ 15 000) ce sont des américains qui ont décidé de nous soutenir. Je rappelle souvent à nos visiteurs le rôle important que les mécènes outre-Atlantique jouent pour la sauvegarde de notre patrimoine.