Un projet d’accessibilité pour l’abbaye de Longues-sur-Mer

Chaque année, la Fondation remet une aide à projets, unique en France, permettant d’encourager un programme de travaux dans un monument ou un jardin historique incluant des aménagements destinés à favoriser l’accueil des personnes en situation de handicap (moteur, visuel, auditif ou intellectuel).

En 2016, la famille d’Anglejan, propriétaire de l’abbaye de Longues-sur-Mer, a ainsi reçu un soutien pour l’installation de plusieurs équipements qui garantissent désormais un meilleur confort de visite aux personnes en situation de handicap.

Fondée en 1168, l’abbaye Sainte-Marie de Longues-sur-Mer, dans le Calvados, offre un témoignage exceptionnel de la vie religieuse normande au Moyen Âge, mais aussi de son architecture et de ses arts décoratifs. Après une longue période de prospérité, l’abbaye bénédictine connaît un lent déclin jusqu’à sa fermeture au XVIIIe siècle. Convertis en exploitation agricole, les bâtiments ont été partiellement détruits ou transformés. Faisant suite au classement de l’ensemble abbatial, en 1915, plusieurs campagnes de restauration ont été entreprises depuis.

La sauvegarde du site est, depuis 1964, entre les mains de la famille d’Anglejan. En 2017, suite à un diagnostic architectural lancé préalablement sur les conseils de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), le mur du cloître a d’abord été consolidé. Le chantier suivant est considérable : il s’agit de remettre en place une toiture sur le chœur de l’église abbatiale et de remplacer la couverture du réfectoire des moines. Les travaux, qui débuteront au printemps 2021 et se prolongeront sur deux années, sont financés par la Drac, le Département du Calvados, la mission Bern (sélectionné en 2019 comme monument « emblématique » pour la région Normandie), l’association French Heritage Society ainsi que le mécénat populaire (vous pouvez les soutenir ici).

Jérôme d’Anglejan avec Stéphane Bern dans l’église de l’abbaye de Longues.

En parallèle, les propriétaires sont très investis pour permettre une ouverture au public du monument qu’ils souhaitent la plus large. En 2018, à l’occasion du 850ème anniversaire de l’abbaye Sainte-Marie de Longues, l’élargissement des plages d’ouverture et les nombreuses animations programmées ont permis de multiplier par dix le nombre de visiteurs, passant ainsi de 300 à 3 000 visiteurs. En 2019, année de célébration du 75e anniversaire du D Day, ce sont près de 5 000 visiteurs qui ont été accueillis à l’abbaye. Cette année, l’abbaye a pu rouvrir ses portes dès le 11 mai en proposant deux expositions : en juin, sur les thèmes du pèlerinage à l’archange Saint Michel, en juillet, sur les jardins normands. Trois concerts ont également été organisés et ont affiché complets. 

En réponse au nombre croissant de visiteurs, il était devenu indispensable d’entreprendre des aménagements permettant de mieux accueillir les visiteurs, en veillant à prendre en considération tous les types de public. Dans cette optique, l’abbaye de Longues a reçu, en 2016, un soutien de notre Fondation pour la mise en accessibilité du site. Cette aide de 9 000 euros a permis aux propriétaires d’installer des sanitaires adaptés aux personnes à mobilité réduite. Un plan incliné et une rampe en bois ont aussi permis de rendre le réfectoire des moines accessible aux personnes se déplaçant en fauteuil.

Aménagements réalisés pour la mise en accessibilité du monument : rampe d’accès et création d’une extension pour l’installation de sanitaires adaptés.

Stéphane Bern, auditionné sur la sortie de crise

En septembre 2017, le président de la République a confié une mission à Stéphane Bern, celle d’identifier les monuments français en péril et de rechercher des solutions innovantes pour financer les travaux urgents. C’est ainsi que le Loto du patrimoine a vu le jour en 2018, en partenariat avec la Française des Jeux.

Auditionné par les sénateurs le 7 mai dernier, Stéphane Bern s’est exprimé sur la crise sanitaire que nous traversons et ses conséquences pour notre patrimoine, quand de nombreux chantiers de restauration ont dû être mis à l’arrêt et que la plupart des sites historiques restent fermés au public.

Relancer l’économie avec le patrimoine

À l’occasion de son audition par les délégations aux collectivités territoriales du Sénat, Stéphane Bern a insisté sur le rôle que le patrimoine doit avoir dans les prochains mois dans ce contexte de sortie de crise : « le patrimoine est un secteur essentiel pour relancer l’économie (…). Qu’il appartienne aux communes, comme les églises, ou aux propriétaires privés, il représente une chaîne de métiers et de savoir-faire. »

À ce jour, les Français sont toujours limités dans leurs déplacements puisqu’ils ne sont pas autorisés à se déplacer au-delà d’un périmètre de cent kilomètres autour de leur domicile. Toutefois, les acteurs du patrimoine espèrent pouvoir être en capacité d’accueillir des visiteurs pendant l’été. Le collectif devenu association Patrimoine 2.0 a d’ailleurs lancé un hashtag très repris sur les réseaux sociaux –  #CetÉtéJeVisiteLaFrance – pour inciter les français à pratiquer un tourisme local et à venir pousser les portes et les grilles de nos monuments et jardins historiques.

Une richesse collective

Ayant salué l’engagement et le dévouement de tous les bénévoles qui œuvrent au quotidien pour la préservation des sites et monuments historiques, Stéphane Bern a affirmé que « nous sommes tous individuellement et collectivement les dépositaires de ce patrimoine ». Il a aussi profité de cette audition pour rappeler que le Loto du patrimoine devait rester un levier supplémentaire pour la sauvegarde du patrimoine mais qu’en aucun cas, il ne devait se substituer aux aides de l’État. Stéphane Bern a enfin souligné le rôle prépondérant que joue le mécénat des entreprises et qu’il doit perdurer.

Nos lieux d’histoire sont trop souvent considérés, à tort selon Stéphane Bern, comme une charge. « Le patrimoine est un cadeau, c’est un investissement (…). On considère que c’est un luxe alors que ce n’est pas délocalisable », a-t-il déclaré avant de conclure : « notre patrimoine est une chance pour la France ».

Pour voir l’audition complète : https://www.publicsenat.fr/emission/les-matins-du-senat/audition-stephane-bern-aditionne-sur-sa-mission-liee-au-patrimoine

Le Palmarès 2019

En 2019, grâce à la générosité de ses donateurs et mécènes, la Fondation pour les Monuments Historiques a accompagné des projets de qualité. Ce sont 13 porteurs de projets qui ont bénéficié d’un soutien pour des travaux de restauration ou de mise en accessibilité au sein de leur monument et 4 étudiants en métiers d’art de la restauration qui se sont vu remettre une bourse d’études. Tour d’horizon des bénéficiaires de l’année 2019.

L’abbaye de la Clarté-Dieu, lauréat du Grand Trophée de la plus belle restauration

Fondée en 1239 au cœur de la Touraine, l’abbaye de la Clarté-Dieu est placée dans la filiation directe de Cîteaux, dont elle est la 25ème et dernière fille. Après de longues années de prospérité, elle est une première fois pillée et incendiée lors de la guerre de Cent Ans (1364), puis la Révolution Française provoque sa ruine définitive. Déclarée bien national en 1791, l’abbaye finie par être vendue et démantelée en grande partie. Les bâtiments subsistants servent un temps à une exploitation agricole avant d’être laissés à l’abandon. Au début des années 2000, l’abbaye cistercienne se trouve dans un état de désolation avancé, envahie par la végétation et ouverte aux quatre vents. Depuis bientôt deux décennies, Patrick et Julita Moussette sont investis corps et âmes dans la restauration du monument. L’ensemble abbatial est classé au titre des monuments historiques depuis 2011.

En 2019, la Fondation pour les Monuments Historiques a voulu récompenser leurs efforts en leur attribuant le Grand Trophée de la plus belle restauration (30 000 €).

Le château de la Ferté-Imbault, lauréat du Prix François Sommer

Située dans le Loir-et-Cher (41), la Ferté-Imbault est un château Renaissance construit autour d’un grand parc agrémenté d’un canal. Partiellement détruit lors des Guerres de Religion, le château est reconstruit et agrandi au début du XVIIème siècle par Jacques d’Estampes, marquis de La Ferté-lmbault et maréchal de France.

La Fondation pour les Monuments Historiques, avec le soutien de la Fondation François Sommer, lui a attribué un prix de 20 000 € pour la restauration intérieure de ses écuries et de sa sellerie, avec notamment la reprise des boiseries et des poutres du plafond, ainsi que la restauration des boxes en bois avec travail de ferronnerie.

En redonnant aux écuries leur fonction initiale, le château de la Ferté-Imbault, situé aux environs de Lamotte-Beuvron, pourra accueillir les nombreux visiteurs des concours équestres et également permettre de loger leurs montures.

La poterie du château de la Montagne, lauréat du prix French Heritage Society

En plein cœur du parc naturel du Morvan, cette ancienne poterie industrielle fait partie intégrante du hameau du château de La Montagne (25 hectares). Fondée en 1847, la poterie a fonctionné jusqu’en 1926 et fabriquait des faïences à la manière de Bernard Palissy, toujours admirées et collectionnées aujourd’hui. Faute de moyens, ce bâtiment unique en Europe se trouve aujourd’hui en situation de péril.

La Fondation pour les Monuments Historiques, avec le soutien French Heritage Society, lui a attribué un prix de 20 000 $ destiné à réaliser les travaux urgents, tels que le débroussaillage du site, les travaux de sécurisation des structures, des charpentes et de la couverture.

Alexandre Beauné, bénéficiaire d’une bourse d’études en Métiers d’art de la restauration

Alexandre Beauné est étudiant en dernière année du master « Restaurateur du Patrimoine » à l’Institut National du Patrimoine, avec pour spécialité la sculpture. Il a souhaité consacrer son projet d’étude final à la restauration d’un cercueil thébain daté du VIIème siècle avant J.-C., œuvre conservée au musée Jacquemart André.

La Fondation pour les Monuments Historiques, avec le soutien du Crédit Agricole Mécénat d’Ile-de-France Mécénat, lui a attribué une bourse d’étude de 5 000 € pour accomplir ce projet de restauration grâce à une technologie de modélisation 3D de pointe, lui permettant de limiter la manipulation du cercueil et les risques qui y sont liés.

Télécharger le Palmarès 2019 complet : ici.

Entretien avec Nelly Koenig, bénéficiaire d’une bourse d’études de la Fondation

En 2017, la Fondation pour les Monuments Historiques a attribué une bourse d’études à Nelly Koenig, alors élève en master Restauration du patrimoine à l’Institut national du patrimoine (INP), spécialité mobilier. Grâce au mécénat du Crédit Agricole d’Île-de-France Mécénat, elle a reçu 6 000€ afin de restaurer trois œuvres sculptées provenant de la cathédrale Saint-Etiennne de Toulouse (conservées au Louvre) et de mener à bien son projet de mémoire de recherches scientifiques sur les revêtements de surface. Deux années après l’attribution de cette bourse, le chemin parcouru par la jeune restauratrice est édifiant. Témoignage.

La Fondation pour les Monuments Historiques (FMH) : Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre formation à l’INP ?

Nelly Koenig (N.K.) : Issue d’une famille de facteurs d’orgues alsaciens (NDLR : artisan spécialisé dans la fabrication et l’entretien d’orgues), mon projet initial était de devenir conservatrice du patrimoine. J’ai donc d’abord suivi la formation de l’Ecole nationale des chartes. Cependant, le contact avec la matière me manquait et, à l’issue de ma thèse, j’ai décidé de m’orienter vers la restauration. Pour cela, j’ai effectué plusieurs stages d’artisanat, d’abord au sein de l’entreprise familiale puis chez un doreur et un marqueteur d’art. Grâce à la formation en histoire de l’art que j’ai suivi à l’École des chartes et à mes premières expériences en atelier, j’ai obtenu le concours d’entrée de l’Institut national du patrimoine, où j’ai suivi une formation de cinq ans spécialisée dans la restauration de mobilier.

Cette formation comprend deux périodes de stage, que j’ai effectuées respectivement au centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et au centre de restauration des châteaux de Bavière. Ces stages ont été l’occasion de travailler sur du mobilier Renaissance et de découvrir les problématiques de restauration des vernis du mobilier. La dernière année de formation est consacrée à un travail d’étude et de restauration portant sur une œuvre de notre choix, issue des collections publiques. J’ai choisi pour mon mémoire un ensemble de trois stalles provenant initialement de la cathédrale de Toulouse et aujourd’hui exposées au musée du Louvre. Durant cette année de recherche, j’ai travaillé à adapter une technique de nettoyage issue de l’industrie, le nettoyage cryogénique, au retrait des cires modernes se trouvant sur les stalles.

La FMH : Quels ont été les bénéfices de l’attribution de votre bourse d’études ?

N. K. : La bourse d’étude m’a d’abord permis de mener à bien le projet de recherche de mon mémoire de fin d’études. Celui-ci nécessitait de travailler en partie en Suisse, avec l’entreprise partenaire Zeintra-Polarjet et l’école de restauration de Neuchâtel, et d’effectuer les achats de matériel nécessaires au nettoyage cryogénique, comme une bouteille de dioxyde de carbone. Assurée de ne pas être contrainte par des questions matérielles, j’ai pu mettre en place un protocole de test de nettoyage cryogénique sur les œuvres d’art et l’appliquer avec succès lors de la restauration des stalles.

La bourse m’a aussi permis de rejoindre un atelier partagé après mon diplôme. Le loyer d’un atelier représente une charge importante en début d’activité, mais cela se révèle un choix payant puisqu’il est possible d’accepter davantage de travaux lorsqu’on dispose d’un espace.

Enfin, grâce à la bourse, j’ai pu m’équiper en matériel d’analyse pour étudier les vernis de mobilier, ce qui constitue aujourd’hui une partie importante des prestations que je propose à mes clients.

« Grâce à la bourse, j’ai pu m’équiper en matériel d’analyse pour étudier les vernis de mobilier, ce qui constitue aujourd’hui une partie importante des prestations que je propose à mes clients. »

La FMH : Pouvez-vous nous parler de la création de votre atelier et de vos activités ?

N. K. : Je me suis associée avec une collègue, Marine Prevet, diplômée de l’Institut national du patrimoine une année avant moi et, elle aussi, bénéficiaire d’une bourse de la Fondation pour les Monuments Historiques. Nous avons créé l’atelier KoPal après avoir auparavant travaillé ensemble à plusieurs reprises, sur des chantiers-école ou des restaurations pour des particuliers. Nos parcours sont très différents – Marine ayant été formée à l’ébénisterie au sein des Compagnons du Devoir et travaillant depuis l’âge de 18 ans – et nous rendent très complémentaires. Travailler à deux est un véritable atout puisque nous nous poussons mutuellement à chercher des solutions innovantes et à mettre à jour nos connaissances, via la formation continue et les colloques.

Actuellement, nous avons rejoint un atelier partagé avec d’autres restaurateurs de mobilier et de laque, dans le XIe arrondissement de Paris. Nos activités sont assez variées puisque nous pouvons intervenir sur du mobilier très classique comme sur tout objet comprenant du bois, en nous associant avec des collègues spécialisés dans d’autres matériaux si nécessaire. Nous avons ainsi travaillé sur des maquettes, des objets agricoles et même sur des avions anciens avec des structures en bambou ! Nous avons à cœur dans nos restaurations de proposer des solutions respectueuses des matériaux anciens, par exemple en préférant le bois à la résine pour les comblements, quitte à innover sur la mise en œuvre, en ne s’interdisant pas d’utiliser des machines à commande numérique pour le façonnage de moulures ou les découpeuses laser pour la découpe de pièces de marqueterie. Nous avons également ajouté à nos compétences un volet d’étude et d’analyse des vernis de mobilier. Sans égaler la précision des analyses de laboratoires, nous avons mis au point un protocole d’étude nous permettant d’observer les vernis à échelle microscopique et de réaliser en atelier des tests de caractérisation, permettant par exemple d’identifier certains composés comme la colophane, les huiles, les cires, etc.

La FMH : Avez-vous un exemple d’une restauration qui vous a particulièrement marquée ?

N. K. : Nous venons tout juste de terminer la restauration d’un ensemble de mobilier du début du XIXe siècle comprenant un canapé, une console, une chaise et un fauteuil, ayant appartenu au comte de Boigne. Cet ensemble va être exposé au musée savoisien de Chambéry lorsque celui-ci rouvrira après travaux en 2020. Cette restauration était marquante pour moi car il s’agissait d’un travail complet nécessitant de coordonner une équipe de plusieurs restaurateurs de différentes spécialités – mobilier, textile, sculpture, dorure et tapisserie.  Elle s’est également révélée passionnante car elle incluait une partie d’étude du mobilier pour essayer d’en déterminer la provenance. Ceci m’a amenée à étudier des styles de mobilier moins connus que le mobilier français, comme le mobilier italien, anglais ou russe. Enfin, l’avant / après est plutôt spectaculaire !

Pour en savoir plus sur Nelly Koening et l’atelier KoPal : http://atelierkopal.fr/

Florianne Henry

La Fondation encourage Florianne Henry pour son projet d’étude et de restauration d’une reliure datant de 1888 « Le château de Vaux-le-Vicomte, Anatole France et Rodolphe Pfnor », conservée à Vaux-le-Vicomte.

Elle bénéficie d’une bourse d’études « Crédit Agricole Île-de-France Mécénat », en partenariat avec la Fondation, de 4 000€ pour l’année 2017-2018.

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Jardin botanique du Château de Vauville (Manche)

La Fondation apporte en 2017 son soutien pour la mise en accessibilité du jardin par le développement d’une application mobile et l’achat d’audio-guides adaptés aux personnes en situation de handicap, ainsi que par la pose de 2 plans tactilo-visuels en braille.

Montant du soutien : 9 000 €.

Pour en savoir plus sur le Jardin botanique de Vauville, rendez vous sur son site internet, en cliquant ici !