Entretien avec Nicolas Navarro, propriétaire du château du Taillis (Seine-Maritime)

La Fondation pour les Monuments Historiques a soutenu à deux reprises le château du Taillis : en 2016, avec le Prix du Jeune Repreneur (25 000 euros avec le mécénat de Patrice Besse et SLA Verspieren) et, en 2018, avec le Prix French Heritage Society (15 000 dollars). Au regard de la situation actuelle, nous avons souhaité poser 4 questions à Nicolas Navarro, propriétaire du monument.

Nicolas Navarro, propriétaire du château du Taillis.

Fondation pour les Monuments Historiques (FMH) : Aujourd’hui, et plus particulièrement dans ce contexte de crise sanitaire, quels sont les défis à relever pour attirer les visiteurs ? 

Nicolas Navarro (N.N.) : À partir du déconfinement, le 11 mai dernier, nous espérions que la saison reprendrait à un bon rythme mais le public n’a pas été tout de suite au rendez-vous. Nous avions initialement pour objectif de battre cette année nos records de fréquentation au printemps, malheureusement la majeure partie de nos événements a dû être annulée. Cela a été le cas des commémorations du 8 mai, qui est habituellement notre événement le plus important de l’année. Toutes les réceptions de mariage – qui constituent par ailleurs l’une de nos principales ressources – ont aussi été annulées ou, dans le meilleur des cas, reportées. Faute de chance, nous avons aussi dû nous résoudre à annuler, post confinement, une de nos Visites aux Lumières en raison d’intempéries. 

Fort heureusement, la saison a véritablement repris avec les journées Rendez-vous aux Jardins que nous avons souhaité maintenir en juin, durant lesquelles nous avons accueilli 1 500 visiteurs, et grâce au maintien d’activités destinées à des petits groupes telles que nos Murder Party (jeu de rôle inspiré des romans à enquête, NDLR). Nous restons cependant privés d’une partie non négligeable de notre clientèle, à savoir les touristes américains. 

Nous nous apercevons de plus en plus que le public est friand des visites faites par les propriétaires. Au château du Taillis, nous organisons en temps normal une centaine de visites guidées par an. Nous veillons à les ponctuer de petites anecdotes, à parler de la vie quotidienne des personnes qui ont vécu ici et celles qui y vivent encore. Nous n’hésitons pas à partager avec les visiteurs tous nos projets et les travaux que nous devons réaliser à court ou moyen terme. 

Les personnes qui arrivent chez nous sont souvent à la recherche d’expériences uniques. Alors, nous innovons et adaptons nos offres, comme par exemple avec l’organisation d’un nouveau type d’événement : le marché-concert. Le confinement nous a également permis de mettre au point notre propre Escape Game (jeu immersif pour une équipe de participants enfermée dans un endroit clos dont elle doit trouver le moyen de s’évader, NDLR). Avec la crise sanitaire de ce début d’année, il fallait se rendre à l’évidence : s’il n’est plus possible d’accueillir du public en grand nombre, il nous faut développer ce type d’activités.

Le château du Taillis (Seine-Maritime).

FMH : Quelles sont concrètement les difficultés auxquelles vous devez faire face après cette période ?

N.N. : La première difficulté est d’ordre financier car nous n’avons pas pu faire une rentrée d’argent suffisante cet été. Bien sûr, nous sommes aidés par l’État mais nous ignorons pour combien de temps encore. Après l’annonce faite par le gouvernement sur les nouvelles mesures sanitaires en vigueur depuis le 1er septembre, je reste pessimiste pour la fin de l’année. Un certain nombre de visites et de séminaires d’entreprise qui avait été reporté aux mois de septembre et d’octobre a déjà été annulé.

Au niveau local, peu d’initiatives sont entreprises pour aider les lieux historiques et touristiques. En réponse à ce manque de cohésion, nous avons pour projet, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine (les 19 et 20 septembre 2020), de former un réseau qui regroupera plusieurs monuments privés dans la région. 

FMH : Comment ont avancé les travaux de la Maison du Chapelin, soutenus par notre Fondation en 2018 ?

N.N. : Dès 2017, notre architecte avait établi le programme des travaux devant être entrepris pour restaurer la Maison du Chapelin mais le chantier n’a pu être lancé qu’en juillet dernier. Toutes les démarches administratives ont été plus longues que prévu, notamment la demande de permis de construire et l’autorisation de travaux auprès de notre Direction régionale des affaires culturelles (Drac). Le côté positif est que cela nous a permis de prendre davantage de temps pour obtenir des aides financières. Pour ce chantier, nous avons le soutien de la Drac ainsi que des fonds européens. En revanche, la région et la métropole ne nous apportent aucune aide. Nous espérons pouvoir accueillir dès l’été prochain nos premiers clients dans cette maison qui a vocation à devenir un gîte. 

FMH : Comment les deux prix qui vous ont été attribués par notre Fondation – le Prix du Jeune Repreneur en 2016 et le Prix French Heritage Society en 2018 – vous ont-ils aidé ?

N.N. : Recevoir ces deux prix de la Fondation pour les Monuments Historiques a été une récompense pour toute notre famille mais aussi pour nos proches car nous sommes beaucoup de personnes investies dans la préservation du château du Taillis. Le Prix du Jeune Repreneur est très encourageant car il donne du crédit à notre mode de fonctionnement et à notre modèle économique. Alors qu’il subsiste beaucoup d’incertitudes sur l’avenir du château, se sentir épaulé est extrêmement précieux. Mes parents et mon épouse ont trouvé cette reconnaissance salvatrice. Au-delà de l’aide financière, c’est aussi un soutien moral fort. 

Cela nous touche particulièrement qu’avec la remise du Prix French Heritage Society ($ 15 000) ce sont des américains qui ont décidé de nous soutenir. Je rappelle souvent à nos visiteurs le rôle important que les mécènes outre-Atlantique jouent pour la sauvegarde de notre patrimoine.