La Villa Médicis pouponne ses « prisonniers »

Depuis plusieurs années, la Villa Médicis – Académie de France s’est donné pour objectif de restaurer et de mettre en valeur ses huit hectares de jardins. Le schéma directeur conçu par Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments Historiques, prévoit notamment la restauration de trois sculptures représentant des prisonniers Daces, situées sur le parterre principal de la Villa, le Piazzale.

Grâce à son mécène Catherine de Montmarin-Monnoyeur, la Fondation pour les Monuments Historiques a accordé en 2019 le Prix Décors Sculptés (10 000 euros) pour la restauration de l’une d’entre elles et les travaux sont aujourd’hui en cours. Nous vous proposons de prendre la direction de Rome pour découvrir les coulisses de ce chantier.

La collection du cardinal de Médicis

Bâtie autour de 1564, ce n’est que douze années plus tard que l’architecte Bartolomeo Ammannati donne à la Villa Médicis la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Sous l’impulsion du cardinal Ferdinand de Médicis, elle est aménagée pour servir d’écrin à une collection d’œuvres d’art composée d’antiques et de nombreux bronzes. En 1789, la majeure partie de cette collection est transférée vers la Galerie des Offices, à Florence, et Napoléon Bonaparte fait l’acquisition de la Villa, alors vidée de toutes ses œuvres, pour y transférer l’Académie de France à Rome, dont les bâtiments viennent d’être incendiés. À cette époque, la Villa et ses jardins sont dans un triste état et doivent être restaurés en vue d’accueillir les lauréats du prix de Rome.

Aujourd’hui encore, la Villa Médicis est le siège de l’Académie. Établissement administratif français sous la tutelle du ministère de la Culture, l’institution est une résidence dédiée à la création, la recherche et l’expérimentation. Elle a trois missions : accueillir les pensionnaires pour des résidences artistiques ; ouvrir le palais et le parc au public ainsi qu’organiser une programmation culturelle ; enfin, entretenir et restaurer le palais et ses jardins.

Vue d’archives © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Les prisonniers Daces, « des antiquités modernes »

Balthus, directeur de l’Académie de 1961 à 1978, fera exécuter des tirages de statues florentines, comme le groupe des Niobides, les prisonniers Daces et l’obélisque, avec l’intention de retrouver les éléments de statuaire qui composaient le jardin du cardinal de Médicis en 1584. Les moulages de prisonniers Daces, qui se situent à l’est du jardin, sont ainsi des reproductions d’originaux romains ayant appartenus historiquement à la Villa. Elles représentent trois hommes debout, les mains liées, et affichent une bichromie bien contrastée : les corps des prisonniers imitent le porphyre rouge tandis que leurs mains et leurs têtes imitent le marbre blanc. Les trois piédestaux sont composés chacun de quatre panneaux sculptés en bas-relief qui illustrent des scènes et des motifs ornementaux d’arc triomphal. Les trois œuvres ont été réalisées entre l’été et l’automne 1975 par le sculpteur Michel Bourbon, alors boursier de l’Académie.

Une série d’examens technologiques a été récemment réalisée pour approfondir la connaissance de la technique utilisée par Michel Bourbon. Une analyse chimique et minéralogique des matériaux a notamment permis d’en apprendre plus sur la recette avant-gardiste mise au point par l’artiste, à savoir un mélange de marbre et de résine époxy. Une modélisation 3D des statues a aussi été initiée pour permettre à terme de les étudier à distance et de réaliser une visite virtuelle de l’ensemble.

Modélisation 3D © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Un ensemble statuaire à restaurer

Si l’emplacement sur le Piazzale met bien en valeur les œuvres et leur permet d’établir un dialogue avec l’environnement naturel, entre autres les pins et les haies de buis et de laurier, celui-ci occasionne néanmoins des altérations qui affectent leur état de conservation. Les facteurs de dégradations sont liés à l’érosion, à l’exposition aux agents atmosphériques ainsi qu’à la croissance de la végétation et de la microflore (algues, champignons et lichens). Une intervention conservatoire devenait donc urgente et, en parallèle, une réflexion autour d’un plan d’entretien et de conservation préventive devait être bâti pour les années à venir.

Détail de la patine biologique © Académie de France à Rome – Villa Médicis

Une technique de restauration respectueuse de l’environnement

Pour procéder à l’élimination des microorganismes ayant recouvert la surface des statues, qui leur donnait une patine sombre, une méthode de pointe a été utilisée afin d’éviter l’emploi de substances toxiques et nocives pour l’homme et l’environnement, comme le sont les biocides synthétiques traditionnels. En collaboration avec le laboratoire de restauration du marbre des Musées du Vatican, la Villa Médicis a opté pour l’utilisation d’un mélange d’huiles essentielles naturelles qui s’avèrent être extrêmement efficaces pour le traitement des patines biologiques. Le traitement biocide aux huiles essentielles, même s’il ne permet pas d’éviter une dispersion des produits dans l’environnement et sur le gazon environnant, constitue néanmoins une solution parfaitement éco-compatible et éco-durable.

La restauration © Académie de France à Rome – Villa Médicis